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Le cancer de la prostate, pourquoi faut-il en parler ?
Le mois d’octobre s’est paré de rose et est devenu à travers le monde le rendez-vous d’une vaste campagne de mobilisation pour la lutte contre le cancer du sein. Il faut saluer cette mobilisation en faveur d’une cause qui concerne au premier plan la santé publique, mais il ne faudrait pas oublier les hommes et l’épée de Damoclès que représente pour eux le cancer de la prostate. On en détecte 60 000 nouveaux cas par an et il tue encore près de 10 000 personnes, soit deux fois plus que les accidents de la route. Ces chiffres sont en passe d’en faire le cancer le plus fréquent, tous sexes confondus. Sans doute la résultante principalement de l’augmentation spectaculaire de l’espérance de vie. Trois fois sur quatre il s’agit d’hommes de plus de 60 ans, mais des hommes plus jeunes peuvent être touchés, notamment en cas d’antécédents familiaux. Oui, il faut en parler, car les hommes, quand ils ont passé l’âge des performances, parlent peu de leur intimité, et les symptômes susceptibles de les alerter se confondent le plus souvent avec ceux de l’hypertrophie bénigne de la prostate. La bonne nouvelle est que le cancer de la prostate reconnu à son début, c’est-à-dire quand il est encore cantonné à la glande, guérit neuf fois sur dix. Et seule l’association du toucher rectal pratiqué par le médecin et le dosage du PSA, cette substance fabriquée presqu’exclusivement par les cellules prostatiques, peut permettre de reconnaitre le cancer à ce stade. Il n’existe pas en France de dépistage de masse organisé, mais la plupart des urologues le préconise à titre individuel à partir de 50 ans, 45 ans quand il y a des antécédents familiaux (deux parents proches atteints). Une fois le diagnostic fait, la chirurgie reste le traitement de référence mais il faut savoir que d’autres techniques existent, plus respectueuses des fonctions urinaires et sexuelles, comme l’implantation dans la glande de grains radioactifs, les rayons de haute précision, voire les ultrasons focalisés de haute intensité, et que ces techniques alternatives peuvent se prévaloir de résultats comparables à la chirurgie. Le choix de la bonne stratégie se fera avec vous, non seulement sur les données médicales, mais aussi sur votre âge, l’analyse, pour chacune des stratégies, des avantages et des inconvénients, la manière dont vous vivez votre intimité, votre vécu personnel, votre famille, votre environnement social. Le médecin néglige encore trop souvent l’individu et son entourage. Vous devez être associé à la décision. Pour cela, il faut garder la tête froide. Que vous soyez directement touché, ou qu’il s’agisse d’un parent, d’un ami, c’est parce que vous serez mieux informé que vous pourrez mieux faire face à la situation, soit pour vous-même soit comme accompagnant. Pour tous ceux qui ont vécu ou partager les moments de peine, d’angoisse, de frustration, de colère mais aussi d’espoir, qui accompagnent l’annonce du diagnostic, les différentes phases du traitement, les effets secondaires, ont le devoir d’informer et d’expliquer. Il ne faut pas avoir peur de savoir. C’est l’ignorance qui est pourvoyeuse de détresse. C’est à cette tâche que se sont attelés deux spécialistes américains, les docteurs Pamela Ellsworth et John A. Heaney dans un ouvrage intitulé « 100 Questions-Réponses sur le cancer de la prostate ». Un ancien malade Cliff Gill y apporte son vécu personnel. Le Pr Jean-Pierre Camilleri, directeur médical honoraire de l’Institut Curie à Paris, a traduit et adapté ce livre aux spécificités françaises et le Pr Jean-Marc Cosset, du département de Radiothérapie de l’Institut Curie, en a signé la préface. Ce livre a pour ambition de vous éclairer. Il rassemble des points de vue de médecins et de patients en apportant des réponses détaillées aux questions médicales, psychologiques et sociales que l’on n’ose pas toujours poser. À travers ses différentes questions, l’ouvrage traite de nombreux sujets : dépistage, diagnostic, options de traitement, qualité de vie, conséquences sur l’intimité et la vie sociale…

Jean-Pierre Camilleri.

* Prix de l’Information scientifique de l’ACADEMIE DES SCIENCES

CURRICULUM-VITAE – NOTICE BIOGRAPHIQUE